Nous avons appris que l’action culturelle était un moteur du changement

Mohamed Biyjeddiguene & Fayçal Lahrouchi

Notre Maroc va très mal, au point où ses institutions publiques s’attaquent aujourd’hui à leurs propres intérêts. A supposer tout du moins que leurs intérêts vont dans le sens du développement de ce pays. 
La décision de dissoudre Racines nous fait penser à ces routes marocaines parfaitement fonctionnelles et sur lesquelles on s’acharne avec des travaux qui ne servent à rien, n’aboutissent jamais et bloquent la circulation.  C’est aujourd’hui la route vers la liberté d’expression et le droit d’association que le ministère de l’Intérieur veut entraver au risque de jouer un spectacle versant dans l’absurde. 
Racines est une association qui a milité pendant plus d’une décennie pour que tous accèdent à la culture. Toujours avec ce but en tête, elle a accomplit un travail colossal pour orienter les politiques culturelles en agissant dans toutes les régions du Maroc et dans plusieurs pays du continent. 
Il nous  est donc extrêmement difficile de comprendre la décision de dissoudre une association qui propose des solutions concrètes et réfléchies à des problèmes enracinés dans notre société ; Des problèmes qui sont autant d’entraves à toute possibilité de développement. 
Nous ne pouvons pas accepter ce verdict injuste et joignons notre voix à tous ceux qui le condamnent. 
Nous avons eu le privilège de participer à l’incubateur Racines Carrées initié par Racines au cours de 2018, une année durant laquelle nous avons développé notre projet ainsi que nos capacités de management culturel. 
Grâce au soutien de Racines, nous avons pu fonder l’Association marocaine de la musique électronique (l’AMME, d’ailleurs domiciliée dans leurs locaux). Nous avons pu aussi formuler clairement notre projet Tekchbila dont nous saisissons à présent tous les aspects. Nous nous sommes également familiarisés avec l’environnement culturel, mais plus essentiel, nous avons eu accès à un savoir qui a carrément bouleversé notre façon de percevoir la réalité que nous vivons. 
Mis à part les connaissances pratiques acquises en gestion des projets culturels, nous avons surtout gagné en perspicacité pour appréhender notre  environnement. 
Nous avons appris que les choses vont très mal dans ce pays, plus mal que nous le pensions avant de nous lancer dans cette aventure. Mais nous avons également appris qu’il y avait moyen d’y remédier, et qu’à notre modeste échelle, nous pouvons réellement participer au changement de manière  positive et avoir un impact sur les publics que nous ciblons à travers nos actions. 
Nous avons appris que l’action culturelle était en soi une révolution ; un moteur du changement au travers d’une action pacifiste. 
Nous avons appris que pour changer le monde ou la société, il fallait d’abord chercher à changer l’homme, à savoir éduquer et partager savoirs et connaissances.
Lors d’une étude que nous avons menée et axée sur le financement de la culture au Maroc, les seules réelles données chiffrées, pertinentes, fiables  et disponibles sur les pratiques culturelles au Maroc nous ont été fournies par Racines qui avait achevé  un travail pionnier sur la question. Et les seuls éclaircissements sur la thématique de la politique culturelle sont venus des membres de l’association. 
Avant cela, de longues recherches sur le site du ministère de la culture et de la communication avaient été vaines. Aucun document ou début de réponse pouvant aider à nourrir notre étude. 
Dire que nous sommes reconnaissants de l’accompagnement dont nous avons bénéficié-avec nos onze autres condisciples porteurs de projets- et dire merci  Racines pour les efforts  fournis pour émanciper, éduquer, informer, former, orienter et éveiller les gens de ce pays, serait très peu dire finalement. 
Il serait aberrant de priver une nouvelle promotion porteuse de nouveaux efforts créatifs de cette opportunité sans équivalent suite à une décision sans fondements. 
Ce n’est pas là juste une mesure punitive subie pour une structure, c’est tout bonnement une insulte et un crachat à la figure de tous les marocains.
Au nom de l’AMME, nous réitérons notre soutien à l’association Racines et nous défendons le droit des associations au nom de la démocratie et de la liberté d’expression.


Mohamed Biyjeddiguene et Fayçal Lahrouchi : Fondateurs de l’Association marocaine de la musique électronique (AMME), Agadir (Maroc)

Auteur: 
Mohamed Biyjeddiguene & Fayçal Lahrouchi