Racines effectue un travail qui devrait en réalité être amorcé par les institutions étatiques du pays

Tamara Binet

Me voilà au Maroc depuis 5 mois. J’ai toujours eu la volonté d’œuvrer dans la culture, en me spécialisant dans le cinéma, par conviction que les arts et l’éducation culturelle sont les clés d’un épanouissement social.

L’association Racines travaille en ce sens-là. Chaque projet, chaque événement, chaque action sont réalisés dans l’intérêt d’améliorer le secteur et les politiques culturelles au Maroc, en Afrique et dans les pays arabes.

J’ai été frappée en arrivant au Maroc de voir la force avec laquelle l’équipe de Racines œuvre dans un pays où il y a encore beaucoup à construire dans le milieu artistique. Je m’étais dit que j’allais arriver dans un beau pays, découvrir une culture, aider à organiser des évènements artistiques et que ça allait être chouette. Ça l’est, mais ça va bien plus loin. Les enjeux sont grands, Racines le sait et met en œuvre tout ce qui est possible pour y faire face, avec justesse et intelligence. Par intelligence, je ne pointe pas des élites intellectuelles, des classes sociales aisées, bien au contraire. Ce qui est intelligent c’est de s’en éloigner. Racines s’adresse aux élèves et étudiants, aux familles, aux jeunes et aux plus vieux, bref à tout le monde : la culture est la solution et c’est la solution pas seulement pour les intellectuels mais pour nous, pour vous, pour n’importe qui. Et ils l’ont bien compris, l’équipe a parcouru le pays ; Beni Mellal, Rabat, Tanger, Azrou, Laâyoune, Tiznit, Tinghir, Oujda, Safi ; le message est clair : vous êtes citoyens, la culture est pour vous, saisissez-la, usez de vos droits. Parce que la culture nous construit, nous élève, nous fait prendre conscience.

La décision de justice de dissoudre Racines est plus qu’incompréhensible. Les actions de cette association sont nombreuses et toutes sont dans le but d’améliorer le secteur, d’accompagner des porteurs de projet, de former, d’informer, de donner la parole. M’en voudriez-vous de vouloir aider une vieille dame à monter les étages de chez elle avec ses courses ? Le Maroc c’est la vieille dame, la culture c’est les courses et Racines le porteur ! Même si la comparaison est peu inventive - voire un peu foireuse - Racines veut juste donner un coup de pouce à la vieille dame, pour qu’elle puisse user de ses courses comme il se d(r)oit.

On ne peut accuser Racines que d’effectuer un travail qui devrait en réalité être déjà amorcé par les institutions étatiques du pays. Je me demande alors qui est le réel fautif. 


Tamara Binet :  volontaire internationale en service civique chez Racines, Marseille, (France)

Auteur: 
Tamara Binet